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NEWS ET POTINS …. La Maison Jouffe parie sur l’alcool à base d’artichaut

Par Stéphanie Bescond – Publié le 12 août 2025 à 10:30 – Les Echos

Découverte d’un savoir-faire traditionnel, bien que méconnu, des Côtes-d’Armor : celui de la distillerie qui, né avec les eaux-de-vie, perdure aujourd’hui grâce aux spiritueux avec la Maison Jouffe, créatrice d’un apéritif très original: un amer à base d’artichaut.

Deux apéritifs à base d’artichaut ont été élaborés : le Cardamer pour la grande distribution et le Bradmer pour les cavistes. (Shutterstock) La Maison Jouffe poursuit une stratégie de diversification singulière dans le paysage des spiritueux français.

Connue pour avoir popularisé le premier pastis breton en 2018, la PME, basée à Plancoët, dans les Côtes-d’Armor, mise désormais sur un produit inattendu : l’artichaut, emblème agricole breton par excellence, mais ingrédient incongru dans l’univers des alcools. Laurent Jouffe, le fondateur de l’entreprise familiale, a ainsi élaboré deux recettes de cet apéritif – le Cardamer pour la grande distribution et le Bradmer pour les cavistes – inspiré par des spiritueux tels que la Suze ou l’Apérol. Associant des extraits de gentiane, de quinquina et des arômes d’orange, cette innovation vise à séduire une clientèle en quête de nouveauté et de produits locaux originaux. Pour l’heure, le démarrage commercial reste modeste : un millier de bouteilles vendues depuis décembre 2024. Mais l’objectif est ambitieux : l’entreprise table sur 5.000 à 6.000 bouteilles écoulées durant la première année.

Un premier whisky breton
En parallèle, la Maison Jouffe veut s’ancrer sur le marché du whisky, qu’elle juge porteur. Son premier whisky 100 % made in Breizh, distillé sur le site de Saint-Lormel, ne sera commercialisé qu’à partir de 2027, conformément aux exigences de maturation. En attendant, l’entreprise propose déjà deux éditions d’assemblage – Abendouar et Tiegezh – qui associent des whiskies finlandais, irlandais et bretons. 3.000 bouteilles ont été commercialisées et, selon l’entreprise, la production devrait tripler d’ici la fin de l’année. Avec ce virage, la distillerie entend rivaliser sur un marché où les appellations régionales – Bretagne, Alsace, Pays de la Loire – émergent face aux références écossaises et japonaises.

2 millions d’euros
Grâce à sa croissance à deux chiffres, la Maison Jouffe devrait atteindre l’objectif de chiffre d’affaires de 2 millions d’euros prévu pour 2025. La PME emploie aujourd’hui une quinzaine de personnes et a investi 1,6 million d’euros dans ses infrastructures entre 2022 et 2024. L’outil de production comprend une brasserie-distillerie, une cave, un bar et un restaurant, le tout pensé pour accueillir un public de plus en plus curieux de découvrir les secrets de fabrication de cette distillerie pour le moins originale.

NEWS ET POTINS …. De l’orme à l’exotique : L’importance du bois pour les tonneaux de whisky

Par Nathalie BAYLAUCQ  – 29.05.2024 – www.spiritshunters.com

Le chêne est le bois privilégié pour le vieillissement du whisky en raison de ses propriétés uniques. Ses larges rayons radiaux offrent une solidité pour façonner les tonneaux, tandis que sa pureté, contrairement aux bois résineux comme le pin, évite les effets néfastes sur l’alcool. Les composés chimiques du chêne, dont la cellulose, l’hémicellulose, la lignine, les tanins et les lactones, contribuent de manière significative au développement des saveurs. L’hémicellulose apporte de la couleur et des saveurs de caramel, de toffee et de noisette, tandis que la lignine offre des notes de vanille et de fumée. Les tanins ajoutent de l’amertume et de la texture, et les lactones, particulièrement présentes dans le chêne américain, introduisent des arômes de noix de coco et boisés.

La carbonisation et le toastage ou bousiage des fûts en chêne améliorent ces caractéristiques en modifiant la composition chimique du bois, le rendant plus propice à l’extraction des saveurs pendant le vieillissement. L’interaction entre l’alcool et le bois, influencée par les variations de température, permet un processus dynamique d’extraction. De plus, la porosité du chêne facilite l’oxydation, ce qui ajoute de la complexité et rehausse les saveurs avec le temps. Cette oxydation, combinée aux propriétés naturelles de filtration du chêne carbonisé, aide à éliminer
les éléments indésirables de l’alcool.

Finalement, la combinaison de l’extraction, de la soustraction et de l’oxydation dans les fûts en chêne crée un profil de saveurs riche et nuancé dans le whisky, rendant le chêne indispensable dans le processus de maturation.

Plusieurs types de chêne sont utilisés pour vieillir le whisky, chacun contribuant des saveurs et des caractéristiques distinctes à l’esprit :

Le chêne blanc (Quercus Alba), également connu sous le nom de chêne américain, est la variété la plus couramment utilisée dans la tonnellerie du whisky. Il pousse rapidement et est riche en lactones, qui, une fois torréfiées, confèrent des saveurs boisées, vanillées et de noix de coco. Il a également une forte teneur en vanilline, contribuant à sa popularité.

Le chêne sessile (Quercus Petraea), présent en Europe, particulièrement en France, est couramment utilisé pour les barriques de vin. Le chêne sessile pousse lentement, ce qui donne des tanins fins et une forte teneur en vanilline par rapport aux autres chênes européens. Il est l’espèce prédominante dans la forêt de Tronçais.

Le chêne européen (Quercus Robur), également connu sous le nom de chêne anglais, chêne français ou chêne hongrois, est réputé pour ajouter des saveurs épicées et de fruits secs au whisky. Sa forte porosité augmente l’évaporation (la « part des anges »), le rendant moins apprécié que le chêne blanc américain. Il pousse plus lentement que son homologue américain.
Le chêne espagnol (Quercus falcata) génère des saveurs rappelant le raisin et la prune, ce qui en fait un choix courant pour les tonneaux de cognac et de xérès. Il pousse rapidement et a plus de tanins, qui contribuent à ses caractéristiques oxydatives.

Le chêne japonais (Quercus mongolica), connu sous le nom de chêne mizunara, a des niveaux extrêmement élevés de vanilline mais est doux et très poreux, ce qui le rend sujet aux fuites et aux dommages. Pour atténuer ces problèmes, le whisky japonais est souvent vieilli en fûts de bourbon ou de xérès avant d’être transféré dans des fûts de mizunara pour acquérir ses saveurs distinctives. Chacun de ces chênes confère bien sûr des saveurs uniques et des caractéristiques au whisky, faisant du choix du bois un élément essentiel du processus de maturation.

Par exemple : « Le chêne français a plus de tanins, tandis que le chêne américain est plus aromatique avec des saveurs plus sucrées de vanille et de noix de coco ».
Bien que le chêne reste un élément de base de l’industrie, les distillateurs du monde entier expérimentent de plus en plus avec des bois alternatifs tels que le châtaignier, l’érable, l’acacia, le mizunara et le cerisier pour infuser leurs whiskies de saveurs et d’arômes uniques.
Le choix de fûts alternatifs pour la maturation du whisky permet aux distillateurs de se démarquer en créant des saveurs uniques, s’éloignant de la norme du chêne américain ou européen.
Alors que des millions de fûts sont fabriqués à partir de quercus alba et quercus robur, connus pour leur contribution de saveur et leur intégrité structurelle, l’utilisation d’espèces non-chêne est rare mais impactante. Certains assembleurs utilisent ces whiskies en petites quantités, tandis que d’autres les présentent audacieusement tels quels, pour des goûts de niche. Par exemple, le bois de châtaignier, provenant de manière durable de France et de Hongrie, rehausse l’arôme et la saveur des eaux-de-vie de fruits.

Différents types de bois utilisés pour les fûts de whisky confèrent des profils olfactifs et gustatifs uniques à l’esprit.

Le cèdre japonais révèle des notes de litchi sucré, d’écorce d’arbre, de mandarine, de paprika, de carvi et de thé vert.
Le Sakura, ou fleur de cerisier, apporte des saveurs évoquant la pastille de cerise, le pétale de rose, le glaçage à la vanille, la fraise, les fruits à noyau et des épices chatouillantes.
Le châtaignier confère au whisky une richesse olfactive avec des notes de vieux cuir, de thé noir, de pipe en bruyère, de sirop d’érable, de jus de prune et de gâteau aux fruits. L’acacia enrichit l’esprit avec les arômes uniques d’olives vertes, de citron amer, d’estragon, de zeste d’agrumes, d’épices toastées et de biscuit au caramel. L’amburana infuse le whisky avec une menthe fraîche dynamique, une tarte aux myrtilles, des raisins secs dorés, du chocolat noir et une tarte à la pêche.

Finalement, Mulberry apporte des tons boisés complétés par des noix de pécan nappées de caramel, des bananes Foster, des fruits de verger sucrés, des piments rouges et des raisins. Ces bois alternatives offrent une gamme de saveurs diverses et riches, rendant les whiskies vieillis dans de telles barriques distinctifs et uniques.

Par exemple, Method and Madness, une micro-marque expérimentale de Irish Distillers, illustre cette tendance avec son édition Amburana Wood. Ce whiskey irlandais, distillé en 2018 à partir d’orge maltée et non maltée, a été initialement vieilli dans des barils de chêne ayant contenu du whiskey américain avant de bénéficier d’une finition de quatre à sept mois dans du bois d’amburana brésilien, traditionnellement utilisé pour la cachaça. Cette approche innovante donne un whiskey distinctif avec des notes d’amande, de cardamome, de vanille, de clou de girofle, de cannelle, de miel et de sirop de noisette. Barrett Stapleton, le maître distillateur, souligne l’engagement de l’équipe à repousser les limites et à explorer de nouvelles saveurs.

Quels sont les avantages et les inconvénients ?

Les distillateurs devraient-ils expérimenter avec différents bois pour leur finition ?
La pratique de finir les spiritueux, en particulier le whisky, dans différents types de barils de bois a suscité un intérêt significatif ces dernières années. Les tonneaux de chêne traditionnels ont été la norme, mais l’expérimentation avec divers types de bois offre un potentiel pour des saveurs uniques et une différenciation sur le marché.

Avantages de l’utilisation de différents bois :

Les différents bois améliorent les profils de saveur des spiritueux : le chêne offre des notes de vanille, de caramel et d’épices ; la cerise apporte une douceur subtile et fruitée ; le châtaignier ajoute une touche de noisette et un corps plus riche ; et l’érable contribue aux saveurs de toffee et de caramel écossais. Innovation et différenciation : Les finitions uniques en bois peuvent attirer les connaisseurs et les collectionneurs, tandis que les distillateurs peuvent créer des profils exclusifs pour démarquer leurs produits de la concurrence, renforçant ainsi l’attrait du marché et l’identité de la marque.
Complexité renforcée : Les différents types de bois peuvent introduire des couches complexes d’arômes et de saveurs, offrant une plus grande versatilité en permettant une gamme plus étendue d’accords avec la nourriture et les cigares.

Défis et considérations

Conformité réglementaire : Certaines régions ont des définitions et des réglementations strictes sur ce qui constitue certains spiritueux, limitant potentiellement les expérimentations.
Consistance et contrôle qualité : La variabilité peut survenir en utilisant différents bois, entraînant potentiellement des incohérences de lot, tandis que s’assurer que chaque type de bois répond aux normes de qualité désirées peut être un défi, soulignant l’importance de l’assurance qualité.
Coût et approvisionnement : L’utilisation de bois non traditionnels peut être plus coûteuse et plus difficile à trouver, et la provenance éthique et la durabilité des bois exotiques peuvent être des préoccupations critiques.

Quelques études de cas, comme Glenmorangie, qui a innové en finissant le whisky dans différents fûts tels que le porto, le xérès et le madère pour créer des expressions distinctes, et Woodford Reserve, qui a expérimenté avec des barils de bois d’érable pour développer leur Master’s Collection, mettant en valeur des profils de saveurs uniques.

Donc, expérimenter avec différents types de bois pour finir les spiritueux ouvre un monde de créativité pour les distillateurs. C’est comme se voir remettre une palette de couleurs pour jouer, leur permettant de créer des créations uniques au milieu d’options familières. Mais, tout n’est pas facile. Il y a des obstacles à surmonter, comme s’assurer que tout est conforme aux réglementations, maintenir une qualité irréprochable et être conscient de la durabilité. Cependant, trouver le bon équilibre où tous ces facteurs s’alignent peut donner quelque chose de vraiment spécial – un spiritueux qui parle à une large gamme de goûts et de préférences, le hissant au-dessus d’un marché encombré.

Une nouvelle ère pour le Clan … et bientôt 30 ans …

Il est des passions qui traversent le temps.…

Depuis près de trente ans le Clan des Grands malts fait vivre en France la renommée des grands whiskies. Un des premiers clubs de whisky créé dans notre pays, il est devenu au fil des années une référence reconnue jusque dans les plus grandes régions de production pour son sérieux, son indépendance, et son esprit de découverte.

Cette belle aventure, c’est avant tout la vôtre. Celle de femmes et d’hommes qui, parfois depuis mars 1997 ont partagé la même curiosité, le même plaisir de découvrir des distilleries confidentielles, des embouteillages indépendants, rares et les pépites de demain.

Ces dernières années ont pourtant été complexes. Après la parenthèse du Covid, plusieurs changements de partenaires se sont succédés. Les évolutions intervenues au sein de notre partenaire historique avec la société Dugas et le départ en retraite de son fondateur Francois Xavier Dugas, ainsi que le passage difficile avec la chaîne de magasins Les Domaines Qui Montent, ne nous permettaient plus de répondre pleinement à ce que vous étiez en droit d’attendre de votre association.

Il est temps de retrouver notre liberté de choix et notre ambition d’origine.…

C’est pourquoi votre Présidente et les Membres de votre Bureau ont décidé d’engager le club dans une nouvelle étape en s’associant à La Maison Du Whisky, dont chacun connaît la passion, l’expertise et l’exigence.

Dès ce mois, vous retrouverez nos lettres trimestrielles avec toujours le même objectif : vous faire découvrir les grands classiques mais aussi les nouveaux talents et les distilleries qui feront les références de demain. Vous serez également invités à participer aux dégustations organisées dans les relais du Clan des Grands Malts afin de renouer avec ces moments privilégiés de partage qui ont toujours fait l’âme de notre club. Dans cette lettre vous découvrirez le mode de fonctionnement avec LMDW et comment profiter de leurs conditions préférentielles pour notre club.

Soyez attentif à ces nombreux avantages réservés à nos membres à jour de leur cotisation.

A l’aube de notre trentième anniversaire, nous regardons l’avenir avec enthousiasme.

Nous espérons retrouver les membres qui nous accompagnent à ce jour, mais aussi et surtout ceux qui nous ont peut-être « oublié », et que nous souhaiterions de nouveau accueillir dans notre belle famille…

Écrivons ensemble cette nouvelle page, et soyez nombreux à nous apporter votre soutien et reconnaissance pour nos bénévoles et passionnés de malts.

Avec notre sincère amitié
La Présidente Nicole Loiseau
Les membres du Bureau du Clan des Grands Malts.

Chers amis et amies, cette année la Fête du Malt du Clan des Grands Malts se tiendra le 12 Septembre 2026 au Restaurant de la Terrasse du 7ème. Nous vous attendons nombreux pour partager de précieux drams !

« On the Rocks » par Benoit LEFEBVRE – Vice-Président Rassurez-vous, il n’est point question de pervertir la subtilité de nos grands flacons par de gros cubes vulgaires et bruyants mais, au contraire, de tenter de briser le pernicieux et arrogant plafond de verre qui aurait tendance à s’instaurer entre sachants et néophytes … « En […]

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Whiskies tourbés : mais où sont passés les ppm ?

Par Christine Lambert – Whisky magazine – Mars 2025

La mesure des phénols responsables des arômes tourbés fait apparaître des chiffres qui chutent dramatiquement selon qu’elle est réalisée sur le malt… ou sur le whisky. Mais alors, où disparaissent-ils entre-temps?

Parlons magie et tours de passe-passe si vous le voulez bien. Mais au lieu d’escamoter les colombes dans un haut de forme, étudions comment les phénols disparaissent d’un whisky tourbé. Molécules aromatiques responsables des notes fumées/médicinales, ces phénols sont mesurés en parties par million, autrement dit en ppm, l’acronyme préféré des peat geeks (faites le test!). Le storytelling des distillerie nous encourage à croire que plus le nombre de ppm est élevé plus le whisky sera tourbé: l’effet waouh du phénol, dont Octomore a poussé le curseur au max.
Le hic? Les ppm sont mesurées sur le malt. Logique, puisque les phénols se fixent sur l’orge lors du maltage, au moment du kilning (séchage au four): la fumée phénolique dégagée par la pyrolyse de la tourbe dépose ces molécules sur l’enveloppe de la céréale, le husk. Pour faciliter les échanges commerciaux, il n’est pas complètement idiot que les malteurs aient pris l’habitude de ppm-iser (oui, j’invente des mots, à rebours de l’époque qui les supprime) le grain. Il est plus discutable que l’industrie du whisky ait perpétué cette convention.

À la drèche, les phénols!
Car à l’arrivée, dans votre verre, 50 à 80% des ppm se seront esbignés, dans des variations très notables selon l’équipement et les procédés de fabrication. Les rarissimes marques et distilleries qui, dans un soucis de transparence, ont pris l’habitude de communiquer les ppm analysés sur le liquide – AnCnoc, Ailsa Bay, Torabhaig, Meikle Tòir… – donnent un aperçu de la grande évasion. Prenez la cuvée Cnoc Na Moine de Torabhaig: 78,4 ppm sur l’orge (waouh) mais… 19,7 ppm dans le whisky (oups). Tandis que le Peathart d’AnCnoc affiche 34 ppm sur l’orge et 13,3 ppm dans la quille.
Alors « la » question à 12.000 ppm: où sont passés les phénols? En fait, ils s’évanouissent à chaque étape ou presque de la fabrication. Au broyage, d’abord, puisque l’enveloppe de l’orge où ils se fixent se dissémine en partie à la sortie du moulin. Lors du brassage ensuite, à des degrés divers selon que le moût est plus ou moins filtré. La plupart du temps, le husk tamise le moût au fond du mashtun… et les phénols partent dans la drèche.
A la fermentation, ça se complique. Bien que le débat ne soit pas tranché dans la recherche, d’autres phénols semblent se créer pendant cette étape, sans que l’on sache s’ils participent au profil tourbé du whisky.

De la fumée sous les queues
Mais c’est la distillation qui fait le grand ménage dans les ppm. « Ces molécules lourdes ne veulent pas être distillées! », insiste Barry Harrison, chercheur au Scotch Whisky Research Institute. De fait, leur point d’ébullition est beaucoup plus élevé que l’éthanol, les esters ou l’eau. Le guaiacol et les crésols, par exemple, familles de phénols apportant respectivement des notes cendrées, camphrées et des arômes médicinaux se dispersent aux environ de 200° C, détaille-t-il dans l’indispensable ouvrage de Mike Billett, Peat and Whisky, the Unbreakable Bond.
Les composés les plus lourds s’envoient donc en l’air dans l’alambic vers la fin de la distillation, et notamment dans les queues: par conséquent, les coupes sont souvent ajustées à la baisse quand on distille du whisky tourbé.
Une distillation lente, en provoquant davantage de reflux (et de contact avec le cuivre purificateur du pot still), dégommera davantage de ppm. Le volume de queues (plus tourbées, donc – merci de suivre ou de faire semblant) réinjecté dans la seconde distillation influence également le résultat.

Parlons de l’arrière-train des molécules
Evidemment, la forme, la taille, la charge de l’alambic, la présence ou non d’un purificateur et l’inclinaison du col, en minimisant ou maximisant le reflux jouent un rôle déterminant. Ce qui explique que Caol Ila, qui utilise le même malt à 35 ppm que Lagavulin, offre un ressenti moins tourbé que sa frangine de Kildalton.
Inutile de préciser que dans un alambic peu chargé, très haut et armé d’un col ascendant, les phénols vont avoir bien du mal à hisser leur petit popotin fumé, et retomberont dans le pot still tant qu’ils ne se seront pas allégés.
Mais, là encore, mieux vaut ne pas raisonner en termes de quantités de phénols: certains types de congénères ont un impact démesuré à des taux de détection très bas. Un peu comme le sel ou le poivre dans la cuisine: ajoutez-en 2 cuillérées à café dans votre assiette de purée et vous ne sentirez plus les patates!
Reste le vieillissement, sans doute l’étape qui offre le plus matière à questionnement. Quiconque a goûté des whiskies tourbés très âgés sait que les phénols disparaissent avec le temps. Mais ce n’est pas aussi simple.