Ses amis du Clan des Grands Malts dédient cette Lettre n° 122 à Jean-Marc DANQUIGNY, un des piliers historiques, qui nous a quitté le 30 Octobre dernier. Véritable encyclopédie du whisky, vous retrouverez ses nombreux articles sur ce site qui nous permettront de nous souvenir longtemps de lui …

LES ANCIENS ET LES MODERNES ….

Querelles anciennes au sein de notre Académie, opposant à ma droite nos classiques, Boileau et Racine en tête, défendant bec et ongles des sources d’inspiration immuables, et le quarteron mené par Charles Perrault et Molière à ma gauche, fervents partisans de l’innovation, explorateurs d’autres voies dans la création littéraire, les arts et les sciences, somme toutes, startup avant l’heure !

Ces confrontations sont toujours d’actualité dans de multiples domaines, lisons et écoutons ce  qui se dit, cette alchimie dans de fécondes combinaisons entre tradition et nouvelles pratiques.

Faut-il, pour être « moderne » adopter l’écriture inclusive, égalitaire, épicène, des expressions « genrées’’, au risque de nous mélanger les pinceaux (pourquoi une pince, pourquoi un pinceau : « va comprendre Charles », dit-on, pour marquer notre étonnement !) ou maintenir d’intelligibles habitudes ? Continuer la lecture

La sélection du Clan

Chaque mois, rien que pour le Clan, de nouveaux whiskies sont sélectionnés et vous sont proposés.

 

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Whisky / Distillerie Origine Âge Type Degré
Notre coup de coeur – WOLFBURN – N° 155 Highlands single malt 46% Vol
Les nouveautés – TAMDHU Highlands brut de fût 59.8% Vol
Les nouveautés – GLENGLASSAUGH 2009 Speyside 12 ans brut de fût 57.9% Vol
Les nouveautés – TOMATIN 2009 Highlands 12 ans brut de fût 51% Vol
Les nouveautés – PICTI COAST Islands single malt 46% Vol
Les nouveautés – SPRINGBANK Campbeltown 12 ans brut de fût 55.4% Vol
Les nouveautés – CAOL ILA 12 ans Islay 12 ans single malt 46% Vol
Les nouveautés – GLENGOYNE -The Legacy Series Chapter 2 Highlands brut de fût 48% Vol
Les nouveautés – WOLFBURN – N° 155 Highlands single malt 46% Vol
Les incontournables.. Single Islay – Non filtré – Sélection exclusive Islay 8 ans non filtré 43% Vol
Les incontournables .. Single Speyside – Non filtré – Sélection exclusive Speyside 8 ans non filtré 43% Vol
Les incontournables .. Puffer Islay Blended – Malt Non filtré – Sélection exclusive Islay non filtré 42% Vol
Les incontournables .. Blended Malt – Non filtré – Sélection exclusive Blended Malt non filtré 43% Vol
Les incontournables – Single Highland – Non filtré – Sélection exclusive Highlands 8 ans non filtré 43% Vol
Les incontournables … West Island Blended Malt Islands Blended Malt 40% Vol
Les incontournables .. Puffer Island Blended Malt – Sélection exclusive Islands non filtré 43% Vol
Les sélections – AS WE GET IT Islay brut de fût 60.8% Vol
Nos sélections – TEANINICH Islay 12 ans single malt 46.5% Vol
Nos sélections – LONGROW RED Campbeltown 10 ans single malt 52.5% Vol
Nos sélections – BUNNAHABHAIN Islay brut de fût 57.4% Vol
Nos sélections – GLASGOW – 1770 (2ème édition 2019) Lowlands Edition 2019 ans single malt 46% Vol
Nos sélections – TOMINTOUL Speyside 14 ans ans single malt 46% Vol
Nos sélections – KILKERRAN Campbeltown 8 ans brut de fût 56.9% Vol
Nos sélections – BÅRELEGS – Battle Axe Islay brut de fût 55.7% Vol


À LA ROCHE AUX FÉÉS, RENAISSANCE DE L’ALAMBIC COYAC …

1 – L’alambic Coyac de la distillerie de la Roche aux Fées avec ses deux cuves superposées.

Sur l’ancien site de la brasserie Sainte-Colombe, en Ille-et-Vilaine, Henri Everts a installé la distillerie de la Roche aux Fées (1), utilisant pour élaborer son whisky un étonnant alambic de la marque Coyac, fabriqué à Nantes dans les années 50.

Avec son épouse Gonny, Henri Everts a créé sa brasserie à Sainte-Colombe, au lieu-dit La Landelle, en 1996. Néerlandais d’origine, ils sont venus en France quelques années auparavant, Henri ne trouvant pas de travail comme agriculteur aux Pays-Bas. Brasseur amateur comme son épouse, ils se sont mis progressivement à produire de la bière qui, en raison de sa qualité connaît vite le succès dans la région, et jusqu’à Rennes. Devenus brasseurs à part entière, Henri et Gonny s’installent dans une ferme où ils n’ont pas de terres à cultiver.

De la bière au whisky, il n’y a qu’un pas, et Henri commence à s’intéresser à l’eau-de-vie de céréales en faisant distiller une de ses bières par un bouilleur de cru local à partir de 2010. Sans être lui-même très amateur de spiritueux, la mystérieuse alchimie de la distillation le passionne le plus en plus, au point de se mettre à la recherche de son propre alambic.

DEUX CUVES SUPERPOSEES

2 – Schéma de l’alambic (document provenant du site www.whisky-francais)

Henri Everts fini par trouver vers 2015 un ancien alambic, autrefois ambulant, fabriqué dans les années 50 par un constructeur de Nantes, « Les fils de Ch. Coyac ». Charles Coyac avait créé en 1895 son entreprise pour construire des alambics pour les fruits et le cidre. Les activités, reprises par les descendants de Charles Coyac dureront jusqu’en 1964, avant que la société ne soit reprise sous le nom de Forminox, abandonnant la construction d’alambic pour la chaudronnerie et le cintrage du métal.

La grande originalité de l’alambic Coyac tient dans la superposition des deux cuves de  distillation, la première chauffant la seconde lors du processus. De quoi réaliser une double distillation en une seule passe, obtenant en 4 heures 25 litres d’eau-de-vie à 74 % d’alc.vol.

Pour pouvoir utiliser cet alambic antique, Henri Everts a eu quelques soucis, avant de faire la connaissance d’un ancien bouilleur de cru normand qui connaissait un peu ce matériel ancien. Il a aussi remplacé les bûches qui servaient à chauffer la chaudière par des granulés de bois qui donnent une chaleur plus homogène.

300 litres de bière (à base d’orge, de blé, de seigle et de sarrasin) titrant 7,5 ° sont chargés dans la première chaudière. Les vapeurs sont refroidis dans un condenseur (situé dans l’ancien chauffevin) et les bas-vins obtenus vont directement dans la seconde chaudière. Celle-ci, chauffée par la première, réalise la seconde distillation dont les vapeurs sont refroidis dans un premier condenseur, puis dans un deuxième situé au bas de la machine. Après élimination des têtes et des queues, on obtient alors l’eau-de-vie qui est mise en fûts.

Pas un single malt… mais quoi ?

4 – Le whisky Roc’Elf
est conditionné en
bouteille de 50 cl

Ayant comme nom le Roc’Elf, le whisky de la Roche aux Fées ne peut prétendre à l’appellation Single Malt, du fait de la diversité des céréales entrant dans sa composition, certaines n’étant pas maltées. Par ailleurs, Henri Everts n’en commercialise que 2 à 3000 bouteilles de 50 cl chaque année, sans pour autant les millésimer.

Pour le vieillissement, il utilise différents types de fûts : bourbon bien sûr, mais ayant contenu aussi des vins, avec une préférence pour les blancs moelleux : côteaux-du-layon, sauternes, monbazillac principalement. Et c’est l’assemblage des whiskies de ces différents fûts qui est réalisé chaque année, donnant ainsi naissance au Roc’Elf. Mais ce n’est pas pour autant un blend (il n’y a pas d’eau-de-vie de grains dans sa composition) ni un vatted malt ou un pure malt (car toutes les céréales ne sont pas maltées). En tout cas, c’est bien un whisky au regard de la législation… et breton qui plus est, répondant aux normes de l’GP « Whisky de Bretagne » car vieilli dans de deux chais différents, l’un plutôt humide et l’autre plutôt sec.

Titrant 43° après réduction à l’embouteillage, le Roc’Elf présente un nez assez puissant, au nez bien malté sur la pomme cuite et le caramel au beurre. En bouche, l’attaque est assez sèche, mais le corps est plutôt gourmand, sur les mêmes arômes qu’au nez. Au final, il est chaleureux et bien charpenté, avec une agréable persistance maltée et caramélisée. Certes, rien d’extravagant ni de franchement original, mais un bon compagnon pour se requinquer après une longue balade dans la campagne bretonne.

Gilbert Delos

3 – Henri Everts dans l’un de ses chais de vieillissement.

 

(1) Située non loin de la distillerie, la Roche aux Fées est un dolmen impressionnant de près de 20 mètres de long, 6 mètres de large et 4 mètres de haut, réalisé avec des pierres pouvant peser jusqu’à 40 tonnes chacune. Son origine n’est pas clairement établie, mais la légende locale affirme que ce sont des fées qui l’ont construit.