Par Stéphanie Bescond – Publié le 16 août 2025 à 10:30 – Les Echos
Benjamin Lefloch à relancer, après son père, un autre savoir-faire séculaire, l’art de la tonnellerie à la bretonne. Benjamin Lefloch, 34 ans, est le dernier tonnelier de Bretagne. (Distillerie Warenghem). Dans les anciens abattoirs municipaux de Lannion, dans les Côtes-d’Armor, un bruit singulier résonne entre les murs : celui du bois frappé à la main, avant d’être chauffé et cerclé. Benjamin Lefloch, 34 ans, est le dernier tonnelier de Bretagne. Depuis 2023, il a pris la relève de son père qui, en 1993, avait fait le pari de relancer ce métier, disparu dans la région depuis les années 1970. Un pari personnel, mais aussi économique, porté par une demande croissante : celle des distilleries bretonnes de whisky, en quête de barriques locales et artisanales.
Une activité en pleine croissance
C’est d’ailleurs sous l’impulsion de son principal client, la distillerie Warenghem, située à Lannion, que le jeune artisan a choisi de quitter son poste à responsabilités dans une grande foudrerie – une fabrique à tonneau – afin de relancer la tonnellerie familiale. « David Roussier, à la tête de Warenghem, voulait que ce savoir-faire perdure en Bretagne. Il m’a convaincu de reprendre l’atelier », explique Benjamin Lefloch.
Aujourd’hui installé dans des locaux prêtés par la distillerie lannionaise, l’artisan produit à la main une centaine de fûts neufs par an, destinés à 80 % au vieillissement du whisky. Outre Warenghem, la tonnellerie compte parmi ses clients, les principaux producteurs de whisky breton comme la distillerie des Menhirs à Plomelin dans le Finistère, ou encore la Celtic Whisky Distillerie à Pleubian.
Un savoir-faire à transmettre
L’activité est encore modeste, mais en pleine croissance : 150 fûts sont visés pour 2025, avec un objectif de 300 unités annuelles d’ici à 2027. L’artisan, qui doit réaliser entre 1.500 et 2.000 coups de marteau par pièce, envisage d’investir, d’ici cinq ans, dans l’achat d’une presse hydraulique. « Elle réduirait de 90 % le nombre de coups de marteau nécessaires », explique-t-il. S’il travaille seul aujourd’hui, Benjamin Lefloch nourrit un projet : former un apprenti. Plus qu’un besoin de main-d’oeuvre, c’est une volonté de transmission. « Chaque région a sa culture
tonnelière, ses mots, ses gestes. Ce sont des métiers qui se transmettent plus qu’ils ne s’apprennent », affirme-t-il.
Si la tradition est au coeur de sa pratique, l’artisan n’en reste pas moins tourné vers l’avenir. En dehors des cahiers des charges stricts du whisky breton, il explore de nouveaux horizons : fûts en acacia, merisier, voire en bois de pommier. « Je suis friand d’expérimentation, j’ai quitté l’industrie pour ça », explique Benjamin Lefloch, dont la démarche novatrice a déjà séduit quelques clients en quête d’originalité.

