Archives par étiquette : édito

J’y pense et puis… j’oublie

La mémoire, ce prodigieux outil permettant de stocker de conserver et de rappeler des informations, des faits ou encore des gestes venant de nos expériences passées. À tout instant, elle sera sollicitée pour retrouver un souvenir enfoui dans un recoin de notre cerveau ou encore emmagasiner une nouvelle information perçue par nos sens. Tout ce qui nous relie au monde, l’ouïe, la vue, le toucher, notre odorat ou encore notre goût va nourrir à court terme nos petites cellules nerveuses, puis tout sera rangé, stocké pour notre savoir-faire, notre culture ou notre expérience personnelle. Rien ne sera perdu, tant que subsiste l’intégrité de notre être…
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Voici venir l’été, le temps du soleil et des vacances

En cette période de l’année, il faut reconnaître que nous plus tentés par un apéritif bien frais et peu alcoolisé que par un brut de fût plus robuste.

Et si vous en profitiez pour faire l’inventaire de votre stock personnel ? Cette année encore, nous avons tous acheté des whiskies « coup de cœur », après une dégustation ou lors d’un voyage en Écosse, et nous avons eu mille fois raison : le plaisir retrouvé chaque fois que l’on ouvre une telle bouteille en est la preuve. Mais sont-ils adaptés à toutes les circonstances ? Et quand nous recevons des amis « novices », qu’avons-nous à leur offrir pour les initier ? Qu’avons-nous à leur proposer pour leur faire découvrir la richesse et la variété qui existent dans l’univers du whisky ?

Le palais s’éduque petit à petit. On initie le goût des très jeunes enfants en leur préparant des repas aux saveurs variées mais simples avant de leur faire apprécier des mets plus délicats, aux saveurs et aux textures plus complexes, agrémentés d’épices ou d’aromates.
De la même manière, il me semble inadapté de servir en guise de découverte un Glenfarclas 34 ans ou un Ardbeg Lord of The Isle.
Il faut donc que notre cave soit variée, quel que soit le nombre de bouteilles qui la composent.

Quelques « régionaux », réduits mais non filtrés, choisis pour faire découvrir et pour redécouvrir nous-mêmes les bases incontournables.
Quelques « réduits » de distilleries, de styles variés, histoire de redécouvrir nos classiques et la diversité de leurs arômes.
Quelques « bruts de fûts », pour leur puissance et leur chaleur.

Sans oublier quelques bouteilles exceptionnelles, sans autre raison que le plaisir intense qu’un tel whisky nous procure, et que nous réserverons aux amis que nous avons déjà initiés et qui sauront les apprécier.

Pour vous aider dans vos choix, vous disposez des commentaires figurant dans la rubrique « sélection » de la lettre, mais le mieux reste de participer à nos dégustations. Vous pouvez ainsi vous faire votre propre idée sur les produits et annoter vos « programmes » de vous appréciations personnelles : Une idée de bonne résolution pour la rentrée, non ?
Je vous souhaite d’excellentes vacances à tous.

Slainte !

Marie-Hélène MAGNANT

Chers Amis

Adhérente du Clan depuis un peu plus de quinze ans et membre du Conseil d’Administration depuis plus de dix ans, ce dernier m’a confié, à l’issue de la dernière Assemblée Générale, la responsabilité de présider notre association. Quelqu’un m’aurait prédit cela lorsque j’ai assisté à Bercy à ma première dégustation, c’est certain, je l’aurais pris pour un fou.

Invitée et parrainée par un membre du Clan qui me fit découvrir son club « d’allumés du malt », Je ne connaissais alors pas grand monde et pas grand-chose du monde du whisky…séduite, j’adhérais dès cette première soirée !
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OU EST PASSÉE MA FORMULE ?

Boris Vian, dans son roman l’Ecume des jours, décrit un curieux appareil inventé par Colin l’un des protagonistes, le pianocktail. A chaque note sur le clavier correspond une liqueur, une eau de vie ou un aromate, pouvant par le rythme imposé, faire varier le degré d’alcool et le volume. Mais une erreur sur la pédale forte et l’œuf battu se transforme en omelette ! Colin avait créé une passerelle entre le son et le goût, entre la technique et les sens.

Quel chimiste, amateur ou spécialiste, n’a pas rêvé à partir d’un clavier d’ordinateur de recréer à l’identique le fabuleux nectar qui aura séjourné de nombreuses années dans la pénombre des chais avant son embouteillage. Sans doute, mais à quel prix ! Ce procédé existe déjà pour la fabrication de la plupart des parfums. Une grande partie de la composition d’un parfum est constituée par des molécules de synthèse qui reproduisent le ‘’jus’’ élaboré par celui que l’on appelle un ‘’nez’’. Certains appareils sont capables de « sentir » un bouquet, d’analyser chaque odeur et de les recréer artificiellement. Le n° 5 de Chanel est par exemple, un mélange d’ ‘’absolue’’ d’ylang-ylang et de différents aldéïdes.
Le whisky contenu dans notre verre est le résultat d’une étrange alchimie qui s’opère depuis l’élaboration jusqu’en fin de maturation. Pendant ce vieillissement, chaque période temps va apporter au ‘’new spirit’’ une évolution aromatique, par les différents apports du contenu et du contenant, par le bois et le liquide qu’il a le plus souvent hébergé pendant sa première vie.

Petit à petit, l’élaboration, puis le vieillissement apporteront des groupes d’arômes le plus souvent identifiables, depuis ceux rappelant les céréales, les esters dans la palette allant des agrumes aux fruits cuits, les arômes floraux et végétaux, n’oublions pas la tourbe, ceux venant du bois, les arômes soufrés et les arômes vineux. Chacun de ces intitulés correspondant à des substances chimiques bien définies. Des composés organo-azotés qui évoquent les céréales, des phénols donnent cette note médicinale ou fumée, parfois terreuse que nous appelons tourbée, les acétates d’éthyle ou d’iso-amyle et d’autres esters seront assimilés aux agrumes, aux fruits secs ou aux fruits cuits, le phényl éthanol ou l’acétaldéhyde pour les notes herbacées ou florales, et ainsi de suite…

Chaque arôme, chaque goût pourrait être strictement identifié à partir de sa molécule, puis évalué en PPM (partie par million) ou encore en milligramme par litre de liquide, ce qui se fait déjà pour la tourbe, le tout dilué dans l’éthanol, pour être ensuite la copie conforme du produit original !! Rêve ou cauchemar où disparait la main de l’homme.

Et nous qui décrivons le plus souvent d’une façon poétique et subjective nos impressions olfactives et gustatives, souhaitons sans doute garder pour nos breuvages, une part de mystère pour que la magie opère.

Slainte
Gérard TRENTESAUX

VENT D’EST, VENT D’OUEST…

Dans le roman de Pearl Buck c’était l’affrontement de l’ancien monde et du nouveau, de la tradition et de la modernité. Il y a un peu plus d’un quart de siècle, évoquer un ‘’cask strength’’, était comme parler mandarin à un native des iles Féroé. Seul un petit nombre d’initiés découvrait ces puissants breuvages que proposait, par exemple, la Scotch Malt Whisky Society à ses membres. Les Single Malts eux-mêmes restaient confidentiels et le Blend était la norme.

Dans les années 1980 l’offre commençait à s’enrichir, mais pour l’amateur la quête du Graal était laborieuse. L’internet en était à ses balbutiements, quelques années plus tard le WEB et les moteurs de recherche permettaient tout juste de partager quelques savoirs, à condition de ne pas oublier la majuscule, le point et la virgule ! En quelques années l’univers du whisky, sous nos yeux, s’est affranchi de ses frontières traditionnelles. La demande et les goûts ont évolué. Nous étions, le Clan des Grands Malts, parmi les pionniers qui diffusèrent, auprès de ses membres, des vieux millésimes, des collectors, des malts rares, des distilleries méconnues. Le savoir et l’info s’échangent maintenant n’importe où et n’importe quand, par les réseaux dits sociaux et le dernier caviste possède un site attractif ! La modernité s’est traduite également par la diffusion des singles malts, puis des degrés naturels, par l’originalité des finitions, par l’imagination des Masters Distillers, l’émergence de nouveaux pays producteurs et la demande de nouveaux consommateurs.

En quelques années, le Japon est passé du statut de whisky exotique, élaborant essentiellement pour son marché intérieur, à celui d’un pays producteur pour lequel  l’engouement ne cesse de se développer, l’Inde nous fait découvrir  des produits respectables, autrefois confinés au Bourbon et au Tennessee whiskey, l’amateur peut à présent entrainer ses papilles avec des Rye whiskeys provenant de petites distilleries américaines. En France, Bretagne, Corse, Bourgogne, Champagne, partout des passionnés nous font partager leur poésie du goût. Rares sont les régions ou les pays qui n’élaborent pas leur propre whisky, parfois avec plus ou moins de bonheur.

De nos jours l’offre semble illimitée, accessible, documentée, au travers des nouveaux médias, des achats par internet, ce qui était réservé à quelques officines s’étale souvent sur les rayons des supermarchés. Parallèlement la demande ne cesse de croître et ce sont les ‘’nouveaux marchés’’ qui modifient le paysage. Dans ces régions du globe, une nouvelle classe de consommateurs apprécie les produits d’exception et ce que ces symboles représentent comme signe de reconnaissance. Peu importe le prix quand il faut paraître, mais nul doute qu’il y ait parmi eux des amateurs comme il en fut et qu’il en est sur le vieux continent. Nos voisins et amis écossais sont à la fois acteurs et témoins de cette évolution. Les prix évoluent de façon irrémédiable, les beaux fûts, les vieux millésimes, deviennent difficilement accessibles, souvent retenus pour des jours encore meilleurs, n’oublions pas ‘’time is money’’ !! Pour autant les clubs d’aficionados n’ont jamais été aussi présents, apportant par leur expertise et leur curiosité, un peu plus d’humanité dans ce monde de ‘’bruts’’.

Slainte

Gérard TRENTESAUX

Des histoires à dormir debout

Ou comment conserver nos whiskies
Aussi vrai que nos meilleures bouteilles de vin demandent le plus grand soin afin de les conserver, pénombre propice, calme, température stable, humidité, ventilation qui permettrons une lente évolution et une dégustation à leur apogée (si vous avez pu patienter jusque là !), nos fioles de whiskies ne conserveront longtemps leurs qualités qu’à certaines conditions. Lorsque le maître distillateur décide de mettre en bouteille tel fût ou tel assemblage, ‘’ la messe est dite’’ et pour résumer, le whisky ne vieillira plus une fois en bouteille, mais cependant nécessite certaines précautions pour que le temps ne lui fasse pas subir quelques outrages et que la couleur, le degré alcoolique et ses qualités gustatives soient préservés.

Que votre bouteille soit pleine ou entamée, elle sera conservée à l’abri de la lumière et des importuns, cela va sans dire ! La lumière du jour peut être à la longue, néfaste, en particulier si votre whisky contient de l’extrait de caramel destiné à lui donner une bonne mine. Sur vos rayons, elle vous attendra patiemment debout, surtout si le bouchon est en liège, celui-ci ne résisterait pas longtemps à l’agression de l’alcool, (mais debout le liège a une fâcheuse tendance à sécher…) et rassurez-vous, en règle générale elle sera plus patiente que vous. Évitons-lui de gros écarts de température ou une température excessive, elle vous en sera reconnaissante. Enfin elle doit être parfaitement fermée si vous ne voulez pas que s’estompent ses qualités aromatiques par l’évaporation de composés volatils ou entraîne une diminution du degré d’alcool. Bien que présentant moins de charme, le bouchon synthétique ou la capsule à vis montrent là leur supériorité.

Une bouteille ouverte peut se dégrader au contact de l’air, surtout s’il s’agit de parfums légers et subtils et si cette bouteille est fortement entamée. Alors suivez notre conseil, ne la laissez pas trop longtemps sans lui rendre visite, et bien sûr insistez auprès de vos amis pour qu’ils fassent de même !!. Malgré tout, après quelques semaines un whisky un peu agressif peut paraître se bonifier au contact de l’air et acquérir la douceur qui lui manquait. Il faut donc comme dans beaucoup de choses trouver le juste équilibre entre l’attente et la précipitation.
Alors amateurs ou collectionneurs, vous pourrez sans crainte continuer à les contempler, les caresser, les surveiller. Et comme le rappelle justement Charles Mac Lean : à la différence d’une collection de timbres, si on se lasse… on peut toujours les boire !

Slainte

Gérard TRENTESAUX

Voici des fruits des fleurs des feuilles et des branches…

Nous voici en été, c’est la saison des fruits, de l’herbe coupée, bientôt des foins, alors parlons un peu des fruits, et de toutes ces fréquentes références végétales que nous retrouvons subtilement avec plus ou moins de bonheur dans cette généreuse palette aromatique que nous offrent les whiskies d’ici et d’ailleurs.

Tout d’abord les ‘’Masters Distillers’’, ces alchimistes qui réalisent de subtils assemblages, puis dans le recueillement, d’éminents dégustateurs, des ‘’nez’’ connus ou anonymes, certains de nos aficionados passionnés, déchiffrent toutes les nuances de ces breuvages variables à l’infini. Ils nous apportent le rêve, mais aussi la caution de leur expertise qui nous permet parfois de dire ‘’…mais oui, mais c’est bien sûr !!’’ lors de la découverte de touches aromatiques dans une version inédite.

Imaginée pour aider et classifier ce qui revient à l’élaboration ou à la maturation des whiskies, la roue des arômes et ses variantes, fait défiler dans des cercles concentriques des gammes aromatiques, puis de multiples références d’arômes secondaires, avec dans les esters, le végétal, puis le floral, agrumes, fruits cuits, fruits frais, végétaux aromatiques, plantes de serres, feuilles et foin, fleurs, enfin à la périphérie de cette galaxie, d’infinies suggestions au travers desquelles nos propres sensations semblent bien souvent prises en défaut. Mais faut-il que notre perception soit un copié/collé de ce qui n’est somme toute que suggéré ? Ce serait enlever tout intérêt à la dégustation. L’impression première évolue, le whisky se ‘’ libère’’ dans notre verre, dans notre main, l’ajout d’eau peut faire apparaitre d’autres nuances, et nous exprimerons petit à petit notre propre ressenti, retrouvant ici le fruité, là le floral, et au-delà, ce qui nous fait palpiter. Où est la poire, où est la prune, la framboise et la figue, où est l’herbe fraîche, où sont les fleurs blanches ? Peu importe, restons dans le plaisir toujours renouvelé de la découverte, qui reste inséparable de nos expériences passées.

Chaque dégustation fait jouer notre propre subjectivité, et le déchiffrage personnel reste toujours dépendant d’éléments inconstants, impalpables, ou même notre humeur du jour, la météo locale, notre état d’esprit, la température du lieu … le charme de notre voisin(e) vont influencer notre jugement. Tel est le résultat de la traduction de nos sensations vers notre substance grise. La dégustation est un plaisir solitaire qui trouve son intérêt dans le partage !

Slainte

Gérard TRENTESAUX

LE CHANGEMENT, C’EST MAINTENANT… OU DEMAIN

Et en préambule une interprétation poétique de Fernando Pessoa

Ni les fleurs ne reviennent, ni les feuilles vertes,
Il ya de nouvelles fleurs, de nouvelles feuilles
Il y a d’autres jours suaves. Rien ne revient, rien ne se répète, …

Au-delà des slogans de campagne et des opinions diverses, c’est l’alternance qui représente chez nos édiles un vrai principe de nos fondements démocratiques et le témoin de la sagesse de nos sociétés.

Dans notre modeste association, (même si elle revendique en France le plus grand nombre d’adhérents) , nous présentions, il y a quelques semaines, notre bilan lors de l’Assemblée Générale Annuelle, et évoquions le changement et de nécessaires métamorphoses pour les années à venir.
Cette Assemblée fut l’occasion de constater l’évolution des idées. Beaucoup se sont exprimés, sur la gestion, sur la communication et ses moyens, sur nos activités et leur renouvellement, manifestant des critiques pleines d’intérêt, dans un climat de franche convivialité.
L’évocation du nouveau site Web fut très vite abordée, lui qui deviendra dans un futur proche un lieu incontournable de nos échanges, des informations sur la vie du Clan et sur ce microcosme qu’est le monde du whisky. Ce site malgré tout, aussi complet soit-il, se doit d’être vivant, donner au visiteur l’envie de nous connaitre et à nos membres, apporter les informations qu’ils recherchent. Il n’a pas la capacité de se régénérer seul comme l’hydre de Lerne et la main de l’homme prolongée par son clavier est encore nécessaire ! Il suffit de trouver les mains, elles étaient là ce soir.

La demande se fait de plus en plus présente sur la communication par mail, même si bon nombre d’entre nous reste attaché à la lettre papier et le plus souvent aux deux formes de communication. Gageons que cette année encore, la lettre a encore de beaux jours, et que nous n’épargnerons pas cette année quelques décimètre cubes de nos belles forêts !

Signe des temps, les membres présents ont acceptés à l’unanimité que leur soit communiqué le rapport financier par mail, et de nous donner leur réponse par la même voie. Ce qui fut dit, fut fait.

Certes la majorité nous a renouvelé sa confiance, mais les problèmes évoqués sont un vrai aiguillon pour les mois à venir.
Le Conseil renouvelé par l’arrivée de trois nouveaux administrateurs, chacun d’eux apportera, à n’en pas douter, ses idées et son dynamisme : Maryline Bazard qui s’offre à seconder Christian Pennequin dans la tâche difficile et très contraignante de trésorier ( Pour l’avoir assumée plusieurs années de suite dans les début du Clan, je sais de quoi je parle !) . Aline Caze qui pourra de concert avec Michèle Collet, tester et prospecter de nouvelles adresses et de nouvelles formules. Laurent Beck dont l’expertise financière pourra nous donner tel ou tel avis sur l’interprétation des résultats … Voila pour le Conseil.

Enfin parlons du Bureau, démissionnaire, mais réélu encore cette année, au sein duquel se profile l’indispensable changement de tout ou partie lors de la prochaine échéance. Nous l’avions déjà évoqué l’an dernier. Une présidence doit donner son empreinte, évoluer avec diplomatie afin d’éviter les conflits aussi modestes soient-ils, et bien se garder de rester dans un moule établi. La personnalité de chacun doit s’exprimer.

Slainte

Gérard TRENTESAUX

CARPE DIEM, si tu peux…

« Le mal se fait sans effort par fatalité, le bien est toujours le produit d’un art »
Charles Baudelaire

Ce début d’année morose ne nous incite pas à nous distraire, la crise parait-il, seulement en ses débuts, la grippe qui n’en est pas à son dernier essai et frappe sans discernement le savetier et le financier, la perte par la France du triple A, (Standard and Poor’s nous a conservé à ce jour, le AAAAA de l’andouillette nationale…), les prothèses PIP et leurs siliconneries, les petits et les grands Satans qui persistent de par le monde, comme la mauvaise herbe dans les jardins, les élections à venir qui ne nous font plus rêver aux jours meilleurs depuis longtemps, un concours de Sciences Po débarrassé des épreuves de culture générale… Quand ce n’est pas l’annonce de la fin du monde pour décembre 2012, et il ne nous reste que quelques mois pour préparer ce départ ! Alors appelons à la rescousse, Mark Twain, Woody Allen, Marx tendance Groucho, Raymond Devos, ou encore Marcel Gauchet lorsqu’il nous dit ‘’Luttons contre le désenchantement du monde’’.

Malgré tout, les années filent et défilent, avec de belles tranches de vie, des rencontres, des expériences vivifiantes et passionnantes, l’insondable vérité d’amitiés renouvelées, et modestement ces moments épicuriens renouvelés autour de cette aventure qu’est le Clan des Grands Malts, ce Clan insoluble dans les fûts de whiskies depuis quinze ans ! S’il était figé, nous aurions sans doute sombrés comme tant d’autres associations éphémères. De nouveaux visages chaque année nous rappellent nos passions des premiers jours, bien sûr celles de nectars méconnus ou prestigieux parfois souvent disparus mais encore celles des échanges, des idées, et la volonté de faire vivre et durer ‘’notre petite entreprise’’.

Immobiles ? Ce serait sans compter sur la motivation de nos amis d’ici et d’ailleurs qui bougent et animent nos soirées, préparent et accompagnent nos voyages, ceux qui cherchent et dénichent de nouveaux lieux pour nos agapes, ceux qui accueillent avec convivialité les nouveaux venus pour leur faire apprécier le moment présent.

Gérard TRENTESAUX

L’EMPIRE DES SENS

Attentif, les yeux plissés dans un intense effort de concentration, aucune trace d’inattention dans le regard, essayant de retrouver là, dans le breuvage doré ce que nous dit le commentateur, interprète initié de nos élixirs.

Le nez au dessus du verre essaye de capter les arômes multiples, saisir les dominantes, analyser les harmoniques, appelle sa mémoire olfactive, désorienté par la complexité des sensations qui l’envahissent, parfois par le picotement du whisky non réduit ( et qu’un peu d’eau pourrait estomper…)et qu’il faudrait traduire, puisqu’il faut des mots pour le dire , tel est l’amateur du Clan au cours de la dégustation !

Et puis là sur la langue, d’autres sensations, moins subtiles peut-être, la brûlure de l’alcool qu’il faut ignorer, la rétro olfaction, l’onctuosité sucrée ou l’amertume, l’astringence qui resserre les papilles, la finale par laquelle le bouquet s’exprime, mêlant l’odorat et le goût, la persistance qui prolongera le souvenir pendant quelques instants…Après quoi, les avis s’expriment et bien souvent divergent curieusement de ce que l’on nous aura suggéré.

Mais ne lit-on pas sous la plume des nez les plus subtils et des plus éminents palais et pour un même élixir : « nez : de la pâte brisée sortie du four pour l’un, et pour l’autre : herbacé, poire verte, noisettes…. ». Ou encore : « nez : cuir neuf, croûte de porc, ou Loukoum, résineux, écorces d’oranges…. » plus loin « nez :noisette, cacao en poudre, foin, pour l’un, tarte au citron, agrumes, marmelade d’orange, pour l’autre….. ».
Troublant, is’t it ? Mais rien d’anormal dans tout cela, puisqu’au delà d’une description purement analytique qui se veut la plus objective possible, au delà des arômes fondamentaux, le fruité, le boisé, le tourbé, le floral, le soufré, le vineux etc.. et de leurs déclinaisons, intervient toute la personnalité et la subjectivité du traducteur, ses sensations propres, ses impressions, comparant le présent à des expériences olfactives passées (Proust où est-tu…..), subissant aussi l’influence du moment et du lieu.

Comme la musique et le chant modifient notre état d’âme, le whisky transcende-t-il nos sens ?
Cet alcool de céréales n’aurait sans doute pas grand chose à dire, s’il n’y avait l’apport de la tourbe et de l’alambic et qu’au delà d’arômes originels, maltés, tourbés, nos whiskies se recouvrent pour l’essentiel des arômes du bois, et du vin ou des alcools qui l’auront imprégné, aboutissant par l’alchimie de leurs apports organoleptiques, à cet extraordinaire richesse et cette infinie variété d’arômes qu’il faudra bien décoder.

Alors s’il vous plait durant nos dégustations, n’ayez pas honte de dire ce que vous ressentez, laissez vous aller à vos propres impressions, utilisez votre propre vocabulaire. Échangeons, laissons libre cours à notre interprétation qui va chercher dans des évocations personnelles ce qui fait notre singularité. Voilà aussi où se trouve l’intérêt et la réussite d’une dégustation et ne mettons pas l’analyse avant la notion de plaisir.

Gérard TRENTESAUX