Moelleux et épicé
En face d’Islay, et peuplée de cerfs (qui lui ont donné son nom en ancien norvégien), l’île de Jura, montagneuse et peu habitée, doit une partie de sa célébrité à George Orwell, qui, dans ce cadre tourmenté, y a écrit son roman 1984. La distillerie remonte au moins au début du 19ème siècle, mais a été remaniée et modernisée à plusieurs reprises depuis. Elle se caractérise par des alambics aux cols très longs. Depuis quelques années, sont aussi élaborés des malts tourbés, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Jaune d’or. Nez de céréales et de paille séchée, avec quelques notes musquées après aération. Puissant mais supportable à l’attaque, il se développe avec moelleux et rondeur sur un caractère plus fruité : prune rouge, pomme cuite, avec des notes épicées : cardamone, poivre gris. Finale sèche et astringente, assez apéritive mais pouvant bien s’apprécier en fin de repas.
Du fumé au huileux
Située dans une vallée reculée à la limite du Speyside, cette distillerie centenaire (fondée en 1898) a longtemps servi à l’élaboration du blend Teacher’s. Malgré son importance – huit grands alambics – elle est encore méconnue, mais sa notoriété augmente depuis son acquisition par Jim Beam en 2005.
Au nez, huile d’olive et vanille douce, avec des notes de fumé et de crème fraîche. La bouche commence sur le fumé, plutôt sec, avec de la noix, puis le malt devient plus huileux. Des notes plus fumées apparaissent sur la finale, accompagnées d’olive et d’orange amère.
Un junior richement prometteur
Fondée en 1875, cette distillerie est située en bord de mer, sur le Moray Firth. Une localisation qui la voit parfois classée dans le Speyside (très voisin), mais aussi dans les Highlands du Nord. Assez vite propriété des Highland Distillers, elle a été complètement rénovée à la fin des années 50, avec notamment le changement des alambics. Ses malts ont surtout été utilisés par les blenders. Mise en sommeil en 1986, elle a été rachetée par des investisseurs privés en 2008, qui ont relancé la production, puis reprise par le groupe BenRiach en 2013.
Jaune très pâle. Nez fruité (pêche) avec un peu de caramel au beurre
et une pointe de vanille. Bouche moelleuse et fruitée (malgré la puissance en alcool), presque doucereuse, mais finalement relevée par des épices (gingembre et poivre noir) et un peu de fruits exotiques. Déjà riche en arômes pour son jeune âge.
Charnellement tourbé
Portant le nom d’une des sources qui alimentent la distillerie de Bruichladdich, sur Islay, le single malt Octomore s’annonce comme le malt le plus tourbé jamais élaboré en Ecosse. La première version est apparue en 2008, et depuis, chaque année, est commercialisée une nouvelle qui, chaque fois, repousse les limites du taux de tourbe. Toutefois, ce numéro 6.1 est à 167 PPM, comme les précédents.
Jaune pâle. Nez fumé, goudron, soute de vieux bateau. Attaque épicée et forte. La dominante tourbée et fumée devient ici moelleuse, voire voluptueuse, mais restant assez sèche sur la finale. Du fruité (fruits jaunes, pomme cuite) aussi, mais moins que dans les versions précédentes. Très charnel, un malt qui ne peut laisser indifférent : on adore ou on déteste (et il y en a !!!). Et l’intensité de sa persistance ne le laisse pas oublier avant longtemps.
Atypique mais charmeur
Ambré léger tirant sur le rosé. Nez fruité (fruits rouges), plutôt tourbé en arrière-plan. Attaque puissante et épicée, avec un peu de fraise et de melon, combinée à une tourbe plus végétale et terrienne que phénolique. Malgré le degré d’alcool, l’ensemble est finalement assez doux, avec d’intéressantes notes de vieux rose. Une maturation atypique mais qui n’est pas sans charme…
Sec et tannique
Fondée en 1812 dans le Kentucky par Elijah Pepper, un des pionniers de l’élaboration du bourbon aux États-Unis, la distillerie a été relancée, après les vicissitudes de la Prohibition, par Brown Forman, son actuel propriétaire, à partir de 1996. De caractère artisanal, Woodford Reserve est la seule du Kentucky à utiliser des alambics à repasse (qui proviennent d’Écosse) et à y pratiquer une triple distillation. Le “roi des bourbons” développe également des séries limitées sur des thématiques particulières, comme le grain, le type de fermentation ou le type de bois utilisé. Ici, il s’agit d’un vieillissement dans quatre fûts successifs : chêne américain, érable (2 ans), xérès oloroso (6 mois) et porto ruby (6 mois).
Ambré soutenu. Nez puissant, tannique avec des notes de caramel et de vanille. Avec une dominante de pommes cuites caramélisées, le boisé est bien présent, accompagné de notes tanniques et un caractère sec et épicé (poivre noir). Finale assez brûlante, avec une bonne persistance sur le boisé et le fruité.
Un automne dans les Highlands ,,,
Fondée en 1891 par le créateur de White Horse, Peter Mackie, cette distillerie a servi principalement à l’assemblage de ce blend, même si son embouteillage en single a commencé très tôt, quoiqu’en quantités limitées. Située au coeur du Speyside, non loin de Macallan, elle a été modernisée et agrandie en 1965. Elle appartient depuis 1998 au groupe Martini-Bacardi. Bouteille de sous- Ambré.
Nez fauve, sous-bois, pommes cuites. Attaque un peu brûlante, mais le corps se développe ensuite sur un bel ensemble d’arômes boisés et tanniques, avec beaucoup de fruité comme au nez, dans un registre de confiture. Mais il reste sec jusqu’à la finale, avec un peu d’astringence, l’ensemble des arômes étant bien fondu, Un males senteurs automnales.
Malté et boisé
Fondée en 1999 par Bernard et Rosemary Walsh, la société Hot Irishman était d’abord centrée sur l’assemblage et la commercialisation d’une recette originale d’Irish Coffee. Ce fut ensuite une crème irlandaise à base de whiskey. En 2006, ils signaient un contrat d’approvisionnement auprès d’Irish Distillers pour constituer des stocks de whiskeys distillés trois fois. Avec ça, ils ont lancé différentes déclinaisons de leurs propres assemblages. Vieillie dans du chêne américain, cette édition est limitée à seulement 2 000 bouteilles. Médaillée d’or des Whiskey Masters dans la catégorie Whiskey Irlandais Premium, elle a également obtenu 94.5 points dans la Whiskey Bible 2010 de Jim Murray.
Le nez allie de subtiles notes de bourbon, avec une pointe de gingembre. Légèrement huileuse et maltée, la bouche devient ensuite douce-amère avec le développement de notes boisées plus sèches. D’une grande longueur, la finale est riche (notes de chocolat) et subtilement épicée,
Avec une belle note fumée
Les malts de cette distillerie créée en 1824 dans les Highlands Orientales se sont appelés Old Fettercairn jusqu’en 2002. Elle a appartenu à la famille de William Gladstone, le célèbre Premier Ministre de la reine Victoria, et se trouve dans la région des Mearns réputée pour ses orges. Produits par quatre alambics, ses malts servent essentiellement à l’élaboration des blends Whyte & Mackay, un groupe qui a souvent changé de propriétaire ces trente dernières années.
Au nez, sur une dominante vanille assez classique, se développent des notes plus originales de chocolat blanc, d’un peu de gingembre et même de traces de fruits exotiques. En bouche, le fumé (caractéristique de la distillerie) est perceptible avec une touche minérale, bien accompagné par le caramel au beurre, la citronnelle, toffee et un peu de fruits rouges. La finale est plutôt sèche et rafraîchissante, avec des notes tanniques et boisées,
Un puissant gaillard
Fondée en 1896, cette distillerie du Speyside (non loin de Cardhu) est devenue très vite la propriété des Highland Distillers, avant d’appartenir à Edrington Group. Rénovée et agrandie dans les années 70, elle élabore des malts très appréciés des blenders. Elle a pour particularité de procéder sur place au maltage de son orge, en utilisant le système Saladin : il s’agit de caissons de 50 mètres de long équipé de remueurs où l’orge en train de germer est régulièrement brassé pour éviter de s’altérer. Un système aujourd’hui unique en Ecosse, que rappelle (discrètement), un épi d’orge situé sur l’étiquette de la version officielle.
Ambré fauve. Nez fruité : prunes jaunes, noisettes, avec une lègère pointe de caramel au beurre. Surtout alcoolisé à l’aération. Attaque d’abord moelleuse, puis très vite brûlante (ne pas hésiter à le diluer un peu…). Il développe ensuite avec puissance les fruits secs (noisette, raisins de Corinthe), le caramel et les épices (poivre noir, gingembre). Constitution robuste et solide, avec une finale plutôt astringente et une belle persistance.